Trois jours (fr)

Un petit texte sur le confinement écrit le 19 mars, 2020 à Paris. 

Suis-je en train de perdre ma capacité de penser, de vivre, d’exister ? Trois jours enfermé, verrouillé dans mon appartement, j’oscille entre la joie et la peur, l’angoisse et le colère, plus contre moi que le monde. Le monde. Un monde que je ne connais plus. Le monde, avant une réalité, aujourd’hui un phénomène, associé à l’extérieur, un endroit auquel je n’appartiens plus.

Chaque matin j’ouvre mes yeux et je regarde le nouveau ciel composé d’un bloc de blanc, immobile et épais. Un grand silence se répand partout, amplifié par le bruit de mes pensées. Jamais je ne m’entends si fort. Je prends mon corps pour un petit promenade du chambre à la cuisine, allant et venant, prolongent le début du jour. Si seulement je pourrais rester ici, dans cet espace intermédiaire. A sa place, mes instincts me mettent devant l’ordinateur. Comme si des mains invisibles me guident à l’écran, cette boule de cristal aux quatre coins, le seule contact avec le monde qui me reste, je m’assois. Je soulève le couvercle, je tape le code. Le machin fredonne. Voici le partie le plus scintillant du jour ; pourra-t-il coopérer ou sera-t-il me laisser dans le noir ? Il sait je relie sur le. Il sait que je le déteste.

Je le déteste, je le déteste parce que je ne peux pas m’empêcher à passer des heures, des jours le fouillant frénétiquement, des yeux s’agrandissant en lisant des nombres qui augmente chaque jour. L’information coule sans arrêt vers le bas de l’écran, je suis esclave assoiffé ayant besoin de savoir tous sur cette situation inversée où la bataille se déroule dans les hôpitaux prenant le place de la frontière. Les journaux publiant des articles l’un après l’autre tentent à décoder le vrai du faux, eux-mêmes complices de la propagation de la panique. Soudainement, un reprise d’intérêt dans la grippe espagnole et la peste noir puisqu’il faut qu’on se rassure, voyons on a déjà survécu des tragédies, tous ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’une répétition sur le scène du monde.

Que j’en ai marre. Marre de mots, des voix, des visages austères de journalistes et politiciens adhérant à l’écran. Marre de l’information que je ne pourrais plus ni lire ni comprendre. Phrases sans sens, mots clés désignés à attirer l’attention, déclencher la peur. « Guerre », « épidémie », « mort », des mots grands, froids et intouchables comme s’ils sont façonnés en marbre, leurs ombres pesants sur nous les mortels, destinés à nous éclipser.

J’abhorre ma dépendance sur cette surface lisse et plate qui est mon entrée au monde auquel je suis collée. Je cherche désespérément mais à quel but ? L’optimisme ? L’espoir ? L’espoir de quoi ? De la liberté ? On est libres. On a le droit techniquement à sortir. C’est moi qui me bloque, mon sens de responsabilité citoyenne qui m’interdit à ouvrir la porte. Mais comment ne deviens pas cinglé ? Comment sortir de ce trou, rempli de reportages, enquêtes, statistiques, articles, commentaires, ce trou si bruyant, si rempli des opinions professionnelles et amateurs, ce trou dans lequel je se noie, je m’étouffera, faut que je coupe…

Le couvercle claque. Le silence agrandit. Le connexion rompu, je peux à nouveau, respirer.

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